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Table ronde sur la violence du 15 juillet 2009 : Rapport descriptif

L’Association Bayt Al Hikma a organisé le 15 juillet 2009 , et avec le concours de la fondation Friedrich Ebert, une table ronde sous le thème de « la violence » à la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc –Rabat.

La problématique centrale débattue par des participants appartenant aux différentes sphères disciplinaires (philosophie, sociologie, histoire, science politique) a porté sur le Statut de la violence dans les systèmes des valeurs.

Une allocution de cadrage a été prononcée par Mme ROUISSI qui a rappelé le cadre général de l’organisation de cette table ronde, ce cadre s’inscrit dans la continuité des débats amorcés par l’Association Bayt Al Hikma sur les valeurs de la société démocratique, la liberté, le système de valeurs dans la société marocaine. La table ronde sur la violence constitue, par ailleurs, une étape essentielle dans ce processus de discussion et de réflexion qui portera prochainement sur d’autres valeurs fondamentales : l’égalité, la raison, le travail, la justice. La note de cadrage présentée par Mme ROUISSI, a situé également ces tables rondes, dans le contexte d’accompagnement –par un effort réflexif librement consenti par les participants- du processus de création l’observatoire national des valeurs.

Une note introductive a été ensuite présentée par M. Mokhatar El HARRAS, le conférencier a essayé au départ de dégager une définition préliminaire de la violence comme acte portant préjudice aux autres, une démarche similaire a été employée par l’intervenant pour construire une typologie des violences par objet (physique, symbolique, économique, sexuelle…) par mode d’action (directe, indirecte) et par finalité (symbolique, instrumentale). M. El Harras a mis en exergue la double nature de la violence comme fait à la fois instinctif et culturel , la dimension culturelle de la violence a été historiquement liée à l’émergence des rivalités , le développement de l’activité économique , et l’importance grandissante des enjeux relatifs à l’accès aux ressources, d’où la nécessité de contextualiser (au double sens historique et social) toute réflexion sur la violence.

Aussi, l’intervenant a identifié une série des supports (médias, jeux vidéo, chaines satellitaires, jouets et activités ludiques violentes), et des processus (système éducatif) comme vecteurs d’une socialisation violente et éléments dans le dispositif social de reproduction de la violence aux détriments d’autres alternatives de gestion non violente des conflits individuels et collectifs. Ensuite, l’intervenant a soumis à la réflexion quelques modes de gestion individuelle et collective de la violence et leur impact en terme de production –reproduction de la haine envers l’autre (les procédés cathartiques, les compétitions sportives), ont été également évoqués sur ce registre les modes d’idéologisation, justification voire même la banalisation des formes sociales de la violence exercées sur des certaines catégories sociales (Femmes et Enfants) comme l’idéologie de l’Honneur qui prévaut encore dans certaines communautés rurales et qui justifie certains crimes d’ordre passionnel .

Une des idées fortes défendues par l’intervenant est celle liant la violence à la construction et à la diffusion des préjugés et des stéréotypes, l’importance de cette idée réside dans le fait qu’elle montre les voies de sortie de la violence : Selon M. El Harras , le meilleur moyen de prévenir la violence est de se sentir égal aux autres , car chaque fois qu’il y inégalité et domination la prédisposition à la violence prend une ampleur considérable. Cette démarche préventive, requiert toutefois un effort d’intercompréhension qui doit être déployé par toutes les composantes de la société, ainsi que par des sociétés au niveau international. Un travail d’une importance similaire est à effectuer au niveau des modes de communication pour réduire la violence, sa portée et sa teneur. L’intervenant a conclu sa note introductive en définissant la personne violente comme étant une personne ayant-in fine- un problème de sociabilité, d’où l’importance de réfléchir sur les modalités pratiques visant la promotion d’une culture non violente.

M. Bensaid a présenté ensuite la contribution qu’il a réalisée en guise de plateforme détaillée pour cette table ronde, il a pris comme point de départ, la question centrale suivante : comment produire un discours pluridisciplinaire sur la violence?

Pour traiter cette problématique, l’intervenant a opté pour une présentation de quelques éléments introductifs. Ainsi, a été rappelé le fait que la violence constitue une composante fondamentale des sociétés. L’histoire universelle permet de constater le Statut de la violence comme acte fondateur d’une ère, d’une transformation, d’un passage-changement de l’ordre politique, de l’organisation sociale, des systèmes de croyances. Il est même possible de lire l’histoire universelle comme un long récit jalonné par des étapes de gestion de la violence.

Ces éléments introductifs ont permis un recentrage partiel de la problématique du départ, l’enjeu ne porte plus sur la recherche des solutions pratiques pour neutraliser la violence, mais plutôt de gérer la violence et la transformer en un facteur positif pour l’évolution des sociétés.

Le conférencier a soulevé la tension axiologique fondamentale entre violence et liberté, une des formes élémentaires de cette tension, est celle constitutive de l’ordre juridique, ordre qui a intégré la violence dans le système normatif de protection des libertés à travers la dichotomie droits/devoirs. L’intervenant a souligné par ailleurs la possibilité de concevoir des grilles de lecture des évolutions socio-historiques sur la base de cette tension fondamentale.

La violence est également productrice de concepts, et l’intervenant a évoqué à cet égard plusieurs concepts appartenant à l’univers sémantique de la violence (force, domination, soumission…). Ont été également évoqués les processus complexes de transformation de la violence préliminaire en projet social et politique collectif à travers le passage d’une violence-force à une violence domination basée sur le monopole d’édiction des normes organisation la vie politique et sociale , passage qualifié par les politologues en tant que légitimation visant à produire et à reproduire le consentement de la population et l’acceptation de la domination qualifiée de « légitime ». L’intervenant considère que la victoire et la viabilité du projet étatique (en tant que forme d’organisation politique inventée par l’Homme) dépend du monopole de la force légitime d’où le concept de force publique.

Obéissant à la logique pluridisciplinaire, M. Bensaid a choisi une entrée anthropologique pour traiter certains aspects de la violence, il a rappelé au départ la divergence fondamentale entre la violence de l’état de la nature considéré comme violence nécessaire et comme violence de survie et la violence en état de culture , état transformant la violence en référentiel , en valeur , en raison d’être et en projet politique et sociétal , cette transformation se traduit également en terme de registres discursifs et d’action , l’intervenant a pris comme exemple quelques stratégies discursives politiques symboliquement violentes comme la dé-légitimation , et l’exclusion , le danger de ces stratégies réside dans le fait qu’elle justifient et légitiment le passage à la violence physiques à l’égard des individus et/ou des groupes différents, l’exemple le plus évoqué dans ce sens est celui des discours préconisant la liquidation physique pour des raisons religieuses (blasphème , adultère…). Avec cet exemple, l’intervenant a pu démontrer que la violence renvoie aux valeurs, notamment à travers la définition d’un modèle normatif du comportement.

L’effort de problématisation déployé par l’intervenant l’a amené à souligner l’importance méthodologique de la mise en question de la violence comme condition fondatrice de tout débat sociétal.

En guise de contribution à cette mise en question, le conférencier a présenté une série de considérations en rappelant que la reproduction de la violence est conditionnée par les positions asymétriques des groupes sociaux , ainsi la construction sociale des concepts homme /femme constitue un des fondements élémentaires de la production et la reproduction de violence à l’égard des femmes dans les sociétés patriarcales.

La déconstruction du concept de la violence permet également de mettre en exergue les formes de sacralisation de la violence comme valeur sociétale justifiant la domination sociale sur certains groupes de la population (femmes, enfants, jeunes). L’intervenant a soulevé trois stratégies de justification de cette violence – domination à l’égard de ces groupes : la mise en valeur de la « finalité pédagogique et correctrice » de la violence exercé par les dominateurs (Homme, Père, éducateurs). La dévalorisation des groupes dominés qualifiés comme ayant un déficit du discernement et de raison à cause de leur âge et/ou de leur sexe. Une troisième stratégie consiste à justifier la violence à l’égard des dominés par la prévention nécessaire contre l’anarchie sociale, le chaos et le néant (désorganisation sociale). La durabilité (sociale, historique et culturelle) de ces justifications fondamentales a rendu la violence une nécessité, un devoir pédagogique de la Famille et les autres instances de socialisation.

Concernant le système politique, l’intervenant a souligné-à travers sa démonstration – les risques (théoriques et pratiques) des stratégies de légitimation fondées sur l’investissement du référentiel religieux, vue notamment la clôture dogmatique rendant impossible toute mise en question des choix fondamentaux du système politique. (la mise en question et l’innovation considérée comme بدعة).

L’intervenant a évoqué, par ailleurs, les risques d’investissement du référentiel religieux par les groupes islamistes, ce risque est traduisible en terme du potentiel de passage de la violence symbolique à la violence physique (autodestructrice dans certains cas).

M. Bensaid a rappelé également un des enjeux fondamentaux du projet étatique, à savoir la rationalisation de la violence légitime, cet enjeu révèle la place stratégique qu’occupent les mécanismes de communication dans le dispositif de légitimation.

Dans ce cadre, quelques rappels historiques ont été présentés pour situer le processus de légitimation de l’Etat Marocain dans la durée, parmi les jalons historiques mobilisés dans cet effort d’analyse celui rappelant les tentatives de My Ismail pour assurer le monopole de la violence légitime à travers la mise en place d’une armée professionnelle liée au Makhzen.

L’intervenant considère pourtant que, la production –reproduction symétriques des rapports de domination politique et familiale au sein de la société marocaine constitue une des variables expliquant la particularité du projet étatique marocain , le chercheur a mis l’accent sur l’utilisation du vocabulaire décrivant les rapports familiaux dans les sociétés patriarcales (rébellion , manque d’éducation, correction , bénédiction , malédiction ) par le discours politique Etatique.

L’intervenant a rappelé l’ancrage sociétal de tout rapport entre violence et valeurs, ainsi, tout débat sur le référentiel axiologique et sur la refonte de la hiérarchie des valeurs est un débat qui portera nécessairement sur les fondements de l’organisation sociale, sur les projets politiques mais également sur les choix pratiques.

Une restitution synthétique de la plateforme a été présentée par M. Herras en sa qualité du président de séance. Ainsi a été rappelée la tension fondamentale violence/liberté. D’autres thématiques centrales ont été re-problématisées dans cette restitution , notamment la nature du projet étatique orienté vers le monopole de la violence légitime, la question de la légitimité /illégitimité des différentes formes de violence (particulièrement celle basée sur le référentiel religieux et considérant la violence comme devoir) , et la violence comme mécanisme de gestion des rapports sociaux et humains.

La première réaction aux propositions de la plateforme a été émise par M. Assid. Le chercheur a invité les participants à approfondir la réflexion sur la tension liberté/violence sous l’angle des limites des libertés individuelles et collectives. Cette réflexion, selon M. Assid requiert un travail pluridisciplinaire sur les mutations sociales au Maroc après l’indépendance et sur la crise de transition.

M. Assid a soumis au débat public quatre points qu’il a considérés comme paradoxaux : le premier point porte sur la corrélation historiquement constatée entre la recherche de la prospérité économique et l’exercice de la violence à l’encontre d’autres sociétés. le deuxième point concerne le lien paradoxal entre violence et plaisir, le chercheur a évoqué l’engouement des différentes catégories socio-démographiques de la population pour les films d’action, les jeux vidéos et les activités sportives violentes. Le troisième point est lié au contexte marocain et renvoie à la désintégration des structures sociales pré-modernes et la persistance -résurgence des valeurs traditionnelles ne correspondant plus à la réalité de la configuration sociale actuelle , l’exemple mobilisé dans ce sens est celui de la Kiwama (~domination) revendiquée par certains homme , alors que la nature actuelle de la division sociale du travail entre hommes et femmes ne permet plus d’envisager les rapports du pouvoir au sein du foyer sous cet angle. M. Assid estime qu’une partie de la violence (violence conjugale par exemple) est explicable par cet écart entre les valeurs traditionnelles revendiquées et une réalité sociale en mutation.

Le quatrième point soulevé par M. Assid est celui de la « violence normalisée » , reproduite par les programmes éducatifs publics et véhiculée particulièrement par certaines matières comme l’éducation islamique . Le chercheur considère les contenus véhiculés dans ces enseignements comme extrêmement dangereux par rapport aux objectifs escomptés par notre système éducatif. L’enseignement –dans des niveaux fondamentaux-des textes religieux sur des peines corporelles, ou sur les activités guerrières (Jihad) contre les non musulmans est susceptible de produire un impact négatif sur le processus de socialisation des élèves. Une réflexion critique doit être menée sur la thématique de la violence dans le texte religieux sous l’angle de la problématique pédagogique susmentionnée.

M. Moundib a tenu de rappeler la nécessité de prendre une distance critique à l’égard de la définition courante de la violence dans le sens commun.La perception commune de la violence, précise-t-il, est basée sur un postulat implicite considérant l’état de nature comme non-violente par essence. Or toutes les études anthropologiques et historiques ont démontré que la paix n’est pas un état naturel mais plutôt un état construit, réfléchi, acquis, imposé, négocié et conventionnel. Une des leçons tirées de ces études est que le conflit est constitutif de la violence. L’enjeu de promotion des valeurs sociales non violente se cristallise, selon M. Moundib , autour de la production , promotion des normes encourageant des modes de conflit non-violent , et facilitant la conclusion des compromis alternatifs , d’où le rôle primordial des instances de socialisation.

Un autre défi pratique soulevé par Moundib est formulable par la question suivante : comment neutraliser la prédisposition individuelle et collective pour la violence par des activités alternatives. Toute réponse pratique à cette question doit prendre en considération les paramètres culturels, M. Moundib , renvoie ici à l’ouvrage de C. Geertz « Islam Observed«  et notamment la comparaisons entre deux modes vécus de religiosité : l’islam indonésien de nature pacifique , qui s’inspire de la tradition spirituelle bouddhiste d’une part et l’Islam marocain façonnée par les contraintes structurelles des conflits sur les ressources et la reconnaissance de la légitimité par conflit.

M. S. Lakhal a soulevé les difficultés doctrinales et pratiques liées à la lutte contre la violence fondée sur le référentiel religieux. Le chercheur a cité les déclarations de deux terroristes inculpées dans le cadre des attentats du 16 mai. L’analyse de contenu des déclarations permet de constater l’écart qui sépare la perception qu’ont ces acteurs de leurs actions terroristes et la perception sociale globalement négative de ces actes.

M. S. Lakhal a attiré l’attention des participants sur le danger d’une conception de la violence considérée comme offrande au Dieu, ou comme devoir à assumer face à une société considérée comme « mécréante » , conception basée sur un rejet systématique et catégorique du droit positif (considéré comme produit tyrannique ~Taghout) et de ce fait permettant un simple renversement des rôles (accusé/accusateur). Conception face à laquelle le système pénal classique n’a qu’un impact limité. Le chercheur a invité enfin les ONG spécialisées dans la défense des droits de l’Homme à prendre en considération ces aspects dans leurs actions qu’ils entreprennent pour la défense des détenus islamistes radicaux.

M. Baddou a soulevé trois points fondamentaux, le premier a trait au statut de la vérité absolue (transcendante ou immanente) comme violence en soi, l’évocation de cette proposition est liée à une question pratique : comment atténuer la prétention absolutiste de vérité –à travers le débat public- et convaincre les détenteurs des vérités absolues de la nécessité et de l’opportunité de relativiser leurs positions.

D’autres points soulevés par M. Badou sont plutôt liés à la conjoncture immédiate. Constatant la violence symbolique et matérielle qui a caractérisé les dernières élections communales, il a demandé qu’on se penche sur l’explication de la violence liée à la compétition pour la gestion de la chose publique. Un autre fait social qui requiert attention et réflexion est celui des diplômés chômeurs, et ce à deux niveaux, l’intervention violente des autorités publiques contre les diplômés, et la mobilisation de la violence subie par eux comme ressource facilitant l’accès à la fonction publique.

Mme Cherqi a proposé d’étendre l’effort réflexif sur d’autres formes de violence, notamment celle liée aux détenteurs du pouvoir (obéissance, tutelle), la violence symbolique (dominant/dominé), la violence au cours des sit-in (qui peut atteindre des formes de violence autodestructrice), et la violence symbolique exercée par des groupes de pression.

Mme Herras a souligné la nécessité de distinguer, pour des raisons méthodologiques , entre deux perspectives de la violence , la perspective inter- individuelle où le recours à la violence est souvent considérée comme le dernier moyen d’expression, et la perspective sociétale , sous cet angle , la violence est fondatrice du projet sociétal. La distinction des deux perspectives a amené l’intervenante à poser des questions pratiques portant sur les modalités de gestion de la violences islamiste , et la violence à l’égard des femmes , tout en tenant compte du double statut des acteurs impliqués dans la violence (victimes et auteurs de la violence à la fois).

M. Doukkali a rappelé certains aspects de la tension essentielle, liberté/violence, la liberté évoque selon l’intervenant le sentiment d’espérance, tandis que la violence évoque la hantise et renvoie à l’insupportable. Il a également souligné que plusieurs penseurs politiques (comme Spinoza par exemple) ont considéré la violence humaine comme naturelle. M.Doukkali a attiré l’attention des participants sur le caractère inintelligible de la violence, il a évoqué dans ce sens quelques faits historiques liés à l’exercice du pouvoir absolutiste par les monarques français avant 1789.Sur un registre plus contemporaine, il a soumis au débat la question des violences relatées par les médias (notamment la couverture médiatique des faits divers).

M. Ezzine a relancé le débat sur les dimensions historiques de la violence en avançant l’idée de l’histoire de l’humanité comme légitimation de la prédation. Il a rappelé pourtant que les sociétés ont évolué dans leur maitrise de la violence, l’époque contemporaine est caractérisée par des conflits autour du savoir considéré comme richesse symbolique et source du pouvoir.

L’intervenant a mis en exergue certaines formes de violence symbolique langagière, cette violence devient constatable à travers l’étude étymologique des appellations et des qualificatifs données aux groupes socialement dominés (femmes , enfants , jeunes) , d’où l’importance d’établir un rapport critique avec la langue pour déconstruire ces formes structurelles de violence et pour rechercher les voies de la construction d’une langue émancipée des rapports de domination.

M. Boudriss a présenté, à titre comparatif, le traitement de la thématique violence dans le programme de philosophie destiné aux bacheliers français. Traitement articulé autour d’une idée-force : Que la violence constitue une étape d’évolution des sociétés et que les rapports sociaux fondés sur le droit commencent à prendre la place des rapports fondés sur la violence. L’intervenant a invité les participants à comparer la clarté et la portée éducative de ce message, à l’ambigüité des messages véhiculés par le programme de l’éducation islamique.

M. Boudriss a soulevé, en outre, l’impact négatif de l’établissement d’un rapport non-critique et non-problématisé à l’égard de certaines formes de violence quotidiennement subies par la population. L’intervenant a évoqué l’exemple de la violence symbolique à l’égard de la langue Amazighe, violence perçue comme évidente, et largement vécue (sans aucune forme de mise en question critique) par la population concernée dans leurs rapports quotidiens avec l’administration, et dans le discours politique.

Mme. Farah a proposé qu’ont soumet au débat public les problématiques relatives à la définition de la violence morale , le rôle de l’Approche Genre comme grille de lecture critique des rapports de domination sociale , la violence comme vecteur du changement , ainsi que le rôle –responsabilité des médias dans la banalisation de la violence.

Réagissant aux propositions avancées par M.Lakhal , Mme Chafii , en tant que représentante d’une ONG spécialisée dans la défense des droits humains a tenu de préciser que la défense des droits humains et des garanties du procès équitable est une des responsabilités des ONG des droits humains et concerne tous les Hommes indépendamment de leur conviction religieuse , idéologique ou politique , il devient donc impossible d’opérer une discrimination ,à ce niveau , à l’égard des acteurs impliqués dans les actes terroristes. L’intervenante a proposé qu’on enrichisse l’agenda de réflexion sur la violence en intégrant les aspects liés à la violence culture, comme mode de communication, la violence tribale qui prévaut encore dans certaines régions, l’analyse genre des programmes scolaires pour déceler les messages justifiant la violence à l’égard des femmes. Mme Chafii a invité les participants à élargir la sphère de la recherche sur les discriminations à l’égard des femmes pour y intégrer les questions à la santé reproductive, et à la scolarisation des filles. L’enjeu, est, selon l’intervenante de dépasser la définition –dictée partiellement par les conditionnalités financière- réduisant la violence à l’égard des femmes à la violence conjugale. Dans la même logique d’idées, M. Harras a proposé d’inclure dans cet agenda l’étude de la violence au sein des établissements scolaires, et notamment le phénomène d’éducateurs victimes de violence, l’attention doit être également accordée à la violence contre les travailleuses sexuelles, et ce dans le sens d’une analyse causale et comme vécu quotidien.

M. Lahrach a invité les participants à explorer une grille de lecture alternative, expliquant la violence fondée sur la religion comme réaction à la violence étatique, notamment celle produite et reproduite par les appareils idéologiques de l’Etat. Cette grille de lecture est similaire à celle qu’on peut adopter pour analyser les rapports conflictuels entre le Nord et le Sud dans les relations internationales. L’intervenant a proposé également qu’on accorde un intérêt particulier à la violence institutionnelle.

Mme Rouissi a rappelé aux participants la double finalité de ces rencontres à savoir la promotion de la diversité et l’exercice pédagogique d’une discussion publique et ouverte des différentes prétentions à la validité concernant le thème objet de rencontre. L’intervenante a remis à la discussion la question relative à la place de la violence dans la hiérarchie des valeurs et dans la gestion des conflits, tout en prenant en considération la complexité croissante des conflits sociétaux et la responsabilité partagée des acteurs publics /privés, étatiques et civils.

Mme Rouissi soulevé la problématique de la violence occultée par les versions conventionnelles de l’histoire . L’intervenante a évoqué trois exemples significatifs à cet égard , à savoir l’exécution d’Olympe auteure de la déclaration des droits des femmes au lendemain de la révolution française , et les abus qu’ont caractérisé la gestion gaullienne de la résistance contre l’occupation Allemande , ainsi que l’histoire de la conquête difficile des droits politiques des femmes dans les régimes démocratiques représentatifs.

M. Kidai a proposé qu’on adopte la distinction de Pierre Clastres entre la violence légitime (violence de survie, chasse à l’animal) et la violence illégitime (violence de domination, chasse à l’Homme) , pour comprendre la reproduction de la violence au niveau de l’organisation étatique . l’intervenant a ensuite formulé deux propositions concernant l’extension de la recherche sur la violence .Ainsi, il proposé d’étudier plus profondément les phénomènes liés à la violence urbaine, et de mener une des études théoriques et empiriques sur la violence, ses typologies, ses acteurs, et sur les registres d’action violente; L’orientation de la recherche dans ce sens, aura comme impact, selon l’intervenant de compenser l’effet de saturation qu’ont connu les thématiques de la violence étatique , la violence religieuse et la violence à l’égard des femmes.

M. Khaldoun a interpellé les participants en proposant d’étudier la violence au quotidien et dans tous ces états : le rôle de l’islamisme politique dans la promotion de la violence , la violence de l’Etat (exemple de Sidi Ifni), le défi du contrôle des appareils sécuritaires par le parlement , la violence familiale , la violence du voisinage , la violence professionnelle , la violence juridique et judiciaire , (lois sécuritaires, application du code de la famille), la violence fondée sur les disparités économiques , la violence contre les jeunes .

M.Khalfi a commencé son intervention par constater que la violence est devenue un phénomène social. Sur la base de ce constat, le chercheur a soumis au débat public plusieurs questions d’ordre théorique et pratique portant essentiellement sur les mécanismes à adopter pour marginaliser la violence, sans pour autant adopter une vision réductrice . Une des questions fondamentales posées par l’intervenant est celle relative aux rapports complexes entre violence, religion, race , occident et idéologie. Il a souligné qu’au Maroc, et contrairement aux pays du moyen orient, l’establishment religieux n’a pas produit des oulémas extrémistes, les théologiens terroristes autoproclamés (Damir et Fikri) demeurent des cas marginaux et non reconnus par la communauté des oulémas.

Partant de l’expérience du PJD, l’intervenant a restitué aux participants l’expérience du débat interne au sein de cette formation politique sur la question de l’abolition de la peine capitale, et comment on peut à travers une jurisprudence éclairée (Ijtihad) atteindre des positions plus ou moins conformes au référentiel international des droits humains. L’intervenant a mis également en exergue le rôle du mouvement islamiste légal dans l’endiguement des tendances extrémistes et violentes (exemple du mouvement tabligh) , le chercheur a invité en outre les participants à ne pas tomber dans le piège d’une interprétation sélective de la religion, il a rappelé que la réflexion doit également porter sur d’autres formes de violence comme la violence symoblique à référentiel ethnique (promue par certains groupes extrémistes amazighs) , les expériences violentes produites dans le contexte occidental (nazisme, impérialisme) , la violence révolutionnaire . L’intervenant a mobilisé ces exemples pour démontrer le complexité de la violence comme phénomène psychosocial d’où l’intérêt stratégique qu’on doit accorder à l’étude de la prédisposition à la violence.

M.Khalfi a soulevé , par ailleurs, deux points fondamentaux , le premier concerne la qualification de la résistance et de l’auto-défense comme violence légitime . Le deuxième point fait référence au rôle pédagogique joué par les associations de la défense des droits de l’Homme (AMDH –OMDH-KARAMA-CMDH-FIDH) dans le processus de dé-radicalisation des extrémistes islamistes.

M. Kharbouch a souligné en tant que chercheur la nécessité de contextualiser la violence politique, et de prendre en compte de rôle des stéréotypes dans le processus de formation de la personnalité extrémiste. Quant à la violence basée sur le Genre, elle est liée d’une manière plus structurelle au processus de socialisation.

M. Bensaid a pris la parole pour féliciter les participants pour la richesse du débat, qui a mis en exergue différentes problématiques liées au système de valeurs dans les sphères politique, économique, sociale, et culturelle. Il a proposé de mener une réflexion collective sur un mécanisme permettant de pérenniser ce débat au niveau de l’observatoire.

En guise de clôture , Mme Rouissi a rappelé les prochaines étapes de cette réflexion sur le système de valeurs , en invitant les participants à la prochaine table ronde sur l’égalité qui aura lieu le 24 septembre 2009.

juillet 29, 2009 - Posted by | Uncategorized

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