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Le discours politique de BenkiraneLe chef du Gouvernement a recours à une série d’outils de manipulation qui sont aujourd’hui très largement démasqués et condamnés par les observateurs, la société civile et les élus de tout bord y compris aussi sein de la majorité. Il y a seulement divergence sur les raisons derrière ces agissements indignes : certains les attribuent à la dimension de prêche fortement présente dans son discours et d’autres au manque d’expérience apparent en matière de gouvernance. Il y a sans doute beaucoup des deux. Le chef du Gouvernement fait de sa parole une machine à dominer. Les premiers à réfléchir au pouvoir de la parole au point de fonder une véritable science du discours étaient les Grecs de l’Antiquité; et ceux qu’ils craignaient précisément étaient les démagogues qui utilisaient leur habileté verbale pour manipuler l’auditoire, hypnotiser les masses et les fanatiser en leur faisant perdre leur individualité, de sorte qu’ils forment un seul bloc de pierre qui roule et que rien ne puisse arrêter. Nous avons été les témoins au cours du siècle passé des dérives et des ravages de la propagande totalitaire bien-pensante et nous voulons à tout prix éviter cela à notre pays. Nous devons tout de même accorder au chef du Gouvernement qu’il est un expert en « bulles de savon », capable de produire des discours captivants mais creux, des discours qui chatouillent les cœurs et qui ravivent les passions parfois les plus paranoïaques, qui donnent un chèque sans provision lors des campagnes électorales et que les Marocains veulent aujourd’hui pouvoir toucher, en vain. C’est le propre du populisme qui est une parole avant d’être une action ; et il n’y a rien de plus indigne que de jouer de l’Etat avec les allumettes des faux espoirs nourris aux émotions volatiles et inflammables des masses dont on flatte les bas instincts pour les manipuler par la suite. Le propre du populisme est qu’il commence par être populaire ; mais heureusement pour les démocrates, cette popularité ne dure pas ; elle s’évapore très vite au contact de la réalité des résultats médiocres. • De la logique de victimisation Abdelillah Benkirane est un homme politique qui ne veut absolument pas assumer ses responsabilités ; il est dans une fuite permanente en avant. Conscient de son manque d’expérience, il cherche à l’avance des justifications crédibles pour son futur échec. Il se présente donc comme étant toujours attaqué de partout, victime de divers complots des services de l’Etat, d’autres partis, voire même de dissidents au sein même de sa mouvance ; et il est à la recherche permanente de nouveaux boucs émissaires. Il ne choisit pas cette logique de victimisation par hasard puisqu’il espère déjà susciter la compassion des Marocains avant de susciter plus tard leur compréhension devant son inéluctable échec. • De l’instrumentalisation du sacré à des fins politiques Abdelillah Benkirane fait appel aux solidarités de base comme si la définition tribale de la société était le seul ciment capable de fédérer une nation, loin de toute logique de citoyenneté, de vie privée et d’espace public partagé. Il s’inscrit entièrement dans la logique de la « ‘Assabiyya » théorisée et dénoncée il y a déjà plusieurs siècles par Ibn Khaldoun. Or, la liberté des Modernes est une liberté individuelle qui, comme le dit Emmanuel Kant, ne permet plus au gouvernant populiste de s’immiscer dans la vie privée des citoyens en leur imposant sa conception du bonheur. Le gouvernant populiste doit être constamment renvoyé sur la scène publique qu’il est sensé gérer, et gérer avec efficacité. C’est chose connue, le dogmatisme est toujours une prothèse pour ceux qui ne sont pas sûrs d’eux. Et ce sont souvent ceux qui se drapent d’attributs religieux qui nuisent le plus à notre religion par leur attitude fanatique, méprisante et immodérée. On retrouve cette attitude du chef du Gouvernement lorsqu’il reçoit des délégations étrangères au siège de la Primature avec un chapelet à la main. Le message qu’il veut faire passer est très clair : c’est d’abord à l’islamiste que vous vous adressez et non à l’homme d’Etat. Et soyons honnêtes : qui peut se concentrer et faire preuve d’écoute lors de telles rencontres diplomatiques de haut niveau en se consacrant en même temps à l’adoration divine ? Il s’agit donc clairement d’enfumage, d’une manœuvre démagogique de com’ qui vise à manipuler les émotions des Marocains et s’attirer leur sympathie. En réalité, accomplir les deux tâches simultanément est une insulte à la fois à l’acte réellement pieux (et non esthétique) d’adoration et une insulte à la fonction de chef du Gouvernement à l’écoute de son interlocuteur de haut niveau. Les Marocains commencent déjà à réaliser ces supercheries et ne doivent pas se laisser manipuler par de tels procédés qui méprisent leur intelligence. • De l’usage de la morale Il semble que la tromperie est une seconde nature chez nos populistes qui ont souvent recours à deux outils de propagande particulièrement efficaces : la morale et l’émotion. Ces deux outils présentent l’avantage de couper court, de façon imparable, à toute autre forme d’argument. Ce « filtre » moral est l’outil de propagande le plus puissant : il joue la carte de la culpabilisation en établissant deux camps : le bien et le mal. Ainsi, personne ne peut développer le moindre argument divergent sans se voir renvoyé dans le camp du mal et se faire automatiquement livrer à la vindicte publique. Il existe à l’heure actuelle un réel intégrisme moral qui empêche de poser sereinement les sujets d’actualité dans le débat public, qui veut régenter nos consciences jusqu’à nous interdire de réfléchir et nous impose un unanimisme peu conforme avec notre réputation de peuple fier de sa diversité et de sa tolérance, un peuple fier à la fois de l’authenticité de son riche patrimoine culturel et de la modernité à laquelle il ne cesse d’aspirer. C’est à se demander si la démocratie – et la démocratie, c’est avant tout le débat – est vraiment leur souci. A réduire constamment le champ de l’expression et du débat public, ces fanatiques espèrent en réalité aboutir à une société réactionnelle et intolérante à leur image, pétrie de tabous d’un côté et déconnectée de la réalité de l’autre. Une société tellement fragile qu’elle ne supporterait que l’unanimité ; une société qui opposerait les « bons » qui les soutiennent sans réserves et les « méchants » (tous les autres). Ce n’est pas l’idéal de société apaisée et du vivre-ensemble auxquels nous aspirons. Résultat, on ne peut ni poser de questions, ni débattre du problème, ni bien entendu le résoudre. C’est ainsi que l’on laisse les problèmes et les injustices s’aggraver et couver avec le risque qu’un jour les outils en notre disposition aujourd’hui ne suffisent plus à les résoudre demain. Au contraire, en notre qualité de femmes et d’hommes politiques, nous n’avons pas le droit de considérer certains sujets comme tabous et de passer sous silence des vérités sociales et des souffrances inquiétantes vécues par nos concitoyens. Nous sommes précisément là pour mettre sur la table tous les sujets et pour apporter les réponses innovantes adéquates pour mettre fin à toute injustice. Le politique doit jouer le rôle d’avant-garde en phase avec la réalité et anticipant les évolutions sociétales ; et non le rôle de défenseur d’idéologies et de dogmatismes passéistes sans chercher à les adapter aux exigences du terrain. Le rôle du politique est d’élever la conscience de la nation, d’ébranler les convenances quand il le faut pour exposer l’hypocrisie et le faux usage de la sacralité qui conduit paradoxalement à l’injustice. • De l’agressivité en politique L’agressivité, en quelque domaine que ce soit, est une attitude infantile et narcissiste. Et c’est parce qu’elles sont centrées sur elles-mêmes que les personnes agressives sont incapables d’être attentives aux mutations sociétales en cours et aux forces volcaniques souterraines qui remuent en profondeur le corps social. Cette agressivité relève souvent du maquillage ; de la volonté d’exercer une autorité charismatique imposée par la force et qui donne une sorte de légitimité paternaliste. N’oublions pas que la tyrannie est précisément la soumission de tous aux humeurs : soit celles du chef soit celles des masses manipulées par le populisme. • Des indignations très sélectives Abdelillah Benkirane s’inscrit aussi dans une logique de mémoire et d’indignations très sélectives qui laissent penser que pour lui, les intérêts partisans passent avant l’intérêt général du pays. Il l’a montré à de nombreuses occasions soit par ses prises de position honteuses et partisanes soit par son silence complice même lorsqu’il s’agissait de faits très graves qui portaient atteinte à l’intégrité physique et à la vie de journalistes, de chefs de partis politiques, de militants des droits humains, etc. Ainsi, ce tri sélectif préalable fait qu’il n’y a indignation que lorsque la personne en question a tenu des propos parfaitement conformes aux idées du chef du gouvernement. Nous sommes bien éloignés des célèbres paroles de Voltaire qui disait « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je donnerais ma vie pour que vous puissiez l’exprimer ». Pis, nous sommes bien éloignés de l’idéal d’un chef de Gouvernement qui incarne sa fonction, qui est le chef du Gouvernement de tous les Marocains. Nous avons donc un messie sacré intouchable qui ne veut même pas assumer dignement son leadership. La même attitude autoritaire, méprisante et paternaliste se reproduit dans l’enceinte du Parlement : le moindre débat et la moindre question posée par l’opposition est considérée comme une attaque personnelle et un complot orchestré contre le Gouvernement. Le rôle constitutionnel de l’opposition est considéré par le chef du gouvernement comme « tachwich » ; ce déni du rôle de l’opposition est absolument scandaleux et ne peut être passé sous silence. On dirait qu’ils n’attendent de l’opposition qu’une chose : que l’on lève la main pour voter (et voter conformément à leurs envies) et qu’on écoute le flot de leurs discours démagogues adressés à la rue et non aux représentants légitimes de la nation pourtant démocratiquement élus. Ce n’est certainement pas cela le propre d’une démocratie. Et surtout ne rien oser, ne rien innover : voilà les maîtres mots de leur conception de la réforme et du changement. La même attitude arrogante se manifeste aussi à l’encontre de leurs alliés politiques. • De la dénaturation des valeurs Les élus du PJD sont aussi les champions quand il est question de dénaturer les valeurs et de les vider de leur sens, voire même de leur attribuer un sens tout à fait contradictoire. Ainsi par une belle pirouette, les « conservateurs » qui défendent par définition le statut quo se présentent comme étant des « réformateurs » ; les (autrefois ouvertement) antidémocrates se font passer pour les défenseurs d’une nouvelle démocratie qui ne croit ni en l’égalité, ni en les libertés individuelles, ni au respect d’autrui et des différences. Une sorte de démocratie totalitaire, une démocratie de la pensée unique et de l’unanimisme. Une démocratie du mépris de l’opposition. Une démocratie où les gouvernants fuient leurs responsabilités et attribuent la cause de leurs échecs aux fantômes. Des démocrates qui menacent à chaque fois de recourir à la rue plutôt que de défendre leurs points de vue dans le cadre des institutions étatiques. • De la bonne gouvernance Nous sommes aussi éloignés de la logique de gouvernance telle qu’universellement connues et qui englobe deux logiques aussi essentielles l’une que l’autre : • La première, institutionnelle, est celle de l’Etat de droit, des droits humains, des libertés individuelles, du respect de la diversité culturelle, de la citoyenneté, de la lutte contre la corruption, etc. • La seconde, celle de l’efficacité, de l’efficience, et donc de la performance. Et qui dit performance, dit réactivité face aux attentes légitimes des citoyens, croissance économique, modernisation de l’administration et simplification des procédures; et donc : capacité d’anticiper et ouverture à l’innovation et au changement indissociables de toute quête véritable du Progrès. Il existe une incompatibilité évidente et indéniable entre la quête de la bonne gouvernance et la montée de la tendance populiste qui se nourrit de l’ascenseur émotionnel des promesses utopiques vaines et qui sont au final bien souvent, source d’exacerbation des frustrations et des déceptions collectives, contribuant par-là à l’accentuation du désenchantement dont souffre le politique en temps de crise et à la mise en danger de la stabilité et de la continuité des réformes engagées. De même, les notions de responsabilité et de reddition de comptes sont essentielles à toute gouvernance efficiente. Mais afin de pouvoir rendre des comptes aux citoyens, les politiques qui exercent des mandats locaux ou nationaux doivent aussi assumer pleinement leur responsabilité entière, sans chercher à fuir en avant ou blâmer des tiers en cas d’échec, en ne s’appropriant que les retombées positives de leur mode de gouvernance. Par ailleurs, il est crucial que la bonne gouvernance ne se limite pas à celles et ceux qui détiennent le pouvoir ou un mandat; elle doit être élargie et participative : elle doit ramener dans la société les gens qui en sont injustement exclus, notamment les personnes analphabètes ou en grande précarité. La bonne gouvernance est inconcevable sans l’association paritaire et durable du composant féminin dans le processus de prise de décision au niveau local et national. La bonne gouvernance passe aussi par l’écoute et l’association de la société civile dans l’élaboration des politiques publiques et dans leur évaluation, en opérant une médiation entre les intérêts partisans pour arriver à un consensus qui n’occulte en rien la protection des droits des minorités. La création même du terme de « gouvernance », c’est-à-dire le fait que les décisions politiques dépendent d’une série d’acteurs différents, économiques, politiques, scientifiques ou civils, montre que les hommes politiques gouvernent de moins en moins d’une main de fer et négocient de plus en plus. Ainsi, face à un nouveau mode de gouvernance où « tout le monde décide un peu », comme disait à juste titre d’ailleurs Marcel Gauchet, c’est aux (bons) gouvernants de redonner de la cohérence finale à des actions qu’ils entreprennent ou à des stratégies au sein desquelles ils s’inscrivent. La légitimité des gouvernants doit essentiellement découler de leur savoir et de leur capacité de gestion. Désormais, gouverner, ce n’est plus seulement discourir, donner des orientations générales ou, comme le disait Pierre-Mendès France, « choisir »; gouverner de nos jours, c’est surtout savoir et gérer avec efficacité la vie de la Cité et de la nation. L’homme politique qui aspire à la gouvernance ne peut plus se satisfaire de ses « valeurs » aussi nobles que celles-ci puissent être, il doit être prêt à assumer les responsabilités et honorer les voix des citoyens; et pour ce faire, il doit comprendre les véritables enjeux qui se présentent et avoir des capacités de leadership et d’écoute. Le désenchantement du politique et la montée des votes populistes ne doivent pas cacher la forte demande de politique dans la société. La plupart des citoyens attendent que le gouvernement apporte des solutions aux grands problèmes économiques et sociaux; que les élus locaux améliorent l’attractivité de leur ville, animent leurs quartiers et mettent en place les conditions du vivre-ensemble; en un mot, les citoyens attendent de leurs élus de l’efficacité, des résultats concrets, palpables et probants à l’aune desquels ils évalueront leur mandat; ceux-là même que Sa Majesté ne cesse d’appeler de ses vœux.

janvier 16, 2014 - Posted by | Uncategorized

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