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Les leçons du sacrifice d’Amina FilaliLes leçons du sacrifice d’Amina Filali, par Khadija Rouissi jan 22nd, 2014 @ 10:42 › Panoramaroc ↓ Laisser un commentaire Après dix huit mois d’atermoiement dont nous aurions pu nous passer, l’abrogation du fameux alinéa 2 de l’article 475 vient d’être votée par le Parlement en Assemblée plénière. Je me félicite de ce moment de progrès, de fierté et d’optimisme dont peuvent se réjouir les forces progressistes qui ont permis cette avancée en se mobilisant fortement autour des idéaux de dignité humaine et d’égalité des genres. Cette victoire s’inscrit dans la lignée des enjeux sociétaux pour lesquels nous, progressistes, militons âprement en lien avec la société civile et pour lesquels nous ferraillons dans l’enceinte du Parlement. En ce jour, j’ai une pensée émue pour Amina Filali ainsi que toutes les femmes qui ont été victimes de cette aberration législative et dont nous devons honorer la mémoire. Cet accouchement dans la douleur est révélateur de l’immobilisme dans lequel certaines forces conservatrices voudraient nous plonger. Il aurait fallu que plusieurs jeunes filles marocaines y laissent leurs vies pour enfin ouvrir le débat. Et quel débat ? Un torrent d’injures et d’amalgames qui se déverse et qui provoque d’autres suicides de jeunes femmes abattues et anéanties d’abord par le mariage forcé qu’elles ont dû subir puis par la stigmatisation et le mépris de certains (ir)responsables politiques ! Tant de blessures qui mettront des années à se refermer. Faut-il tant de souffrance déclinée au pluriel pour enfin légiférer ? Un ministre est-il dans son rôle en déclarant qu’il n’y a « aucun mal à marier une jeune fille à son violeur si l’on assure un suivi du couple », ou encore que sa propre fille « bien éduquée, ne risque pas de se retrouver dans pareille situation » ? Des dérapages qui ne trompent pas malgré la posture compatissante qui finit par céder aux pressions du bon sens et démentir ces propos obscènes. Nous n’avons pas échappé non plus au traditionnel chant de cygne prétextant qu’il ne faut pas « heurter la sensibilité des Marocains ». Faut-il rappeler que les politiques se doivent d’être visionnaires et avant-gardistes et qu’à défaut, ils feraient grand bien à la nation en changeant de métier ? La bataille que nous avons gagnée aujourd’hui doit provoquer un sursaut progressiste. Nous devons réinvestir les sujets de société avec courage et accompagner ainsi l’évolution des mœurs dans notre société car il ne s’agit pas seulement d’une lutte légitime pour les droits, il en va aussi de la culture démocratique que nous voulons enraciner dans le débat public et qui appelle à de vrais choix de société et de mode de gouvernance : Voulons-nous une société qui base son contrat social sur les valeurs de droit et d’égalité indivisibles pour tous devant la loi ? Ou alors voulons-nous faire perdurer un modèle patriarcal qui sacrifiera toujours sur l’autel du conservatisme certaines catégories de la population (les femmes, les personnes en situation de handicap, les illettrés, les pauvres, les marginalisés, etc.) dans un statut de sous-citoyens, de personnes de catégorie inférieure ? C’est en toute responsabilité que nous devons remédier au fossé qui persiste entre la législation en vigueur et la réalité de notre société aujourd’hui sur bien des sujets : le travail des mineur(e)s (le phénomène inquiétant des petites bonnes); l’abolition de la peine de mort, l’excommunication (takfir), l’encadrement de l’avortement, l’héritage, etc. Combien d’avancées significatives ont connu les oppositions farouches de la part de ces mêmes lobbies puis, une fois adoptées, ont vite été intégrées par la société qui ne les remet nullement en cause ! Débattons-donc de tous ces enjeux loin de toute stigmatisation, de toute fracture sociale, et loin de toute radicalisation qui tourne à l’injure et qui nuit profondément à l’idéal démocratique. Le recours systématique aux menaces, aux intimidations et aux excommunications relève du degré zéro du débat et cache mal le côté réfractaire de leurs hérauts à la pratique démocratique. Il est temps de sonner le glas de ces pratiques totalitaires d’un autre âge qui s’infiltrent de plus en plus dans la scène publique pour couper court à tout débat. Le propre de la démocratie n’est-il pas justement l’art de débattre de tout ce qui oppose dans le respect de l’autre et des différences d’opinion ? C’est cette maturité politique qui met l’intérêt supérieur de la société au-dessus des intérêts partisans que j’appelle de mes vœux, cette culture du débat des idées qui ne tombe pas dans l’immobilisme à défaut de consensus et qui ne fléchit pas sous le poids de l’intégrisme moralisateur. Cet appel est une invitation au dialogue élargi qui associe pleinement les citoyens aux réformes sociétales indispensables et qui réconcilie la société civile engagée avec la politique. Respecter le peuple qu’on se targue de vouloir « protéger », c’est précisément lui faire confiance et accepter qu’il débatte démocratiquement des enjeux d’avenir plutôt que de le maintenir en toute conscience prisonnier d’un repli défaitiste et fataliste; c’est l’associer en toute conscience à l’édification d’un Etat de droit moderne qui avance de pied ferme dans le sens de l’Histoire.

février 2, 2014 - Posted by | Uncategorized

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